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Grenelle des enseignant·es : analyse du SNUipp-FSU

mercredi 17 mars 2021

Le Grenelle de l’éducation est parti de son propre constat. Il manquerait à l’école « la culture de l’autonomie », « la culture numérique », « la culture de l’encadrement », « la culture du collectif »

… et une longue série de mesures permettant d’organiser scientifiquement le travail des enseignant-es est proposée pour transformer le fonctionnement de l’école et la culture professionnelle des professeur-es.

Les ateliers, composés de personnalités soigneusement sélectionnées par le Ministère et qui pour la plupart ne se sont réunis que quatre fois, ont tenu à l’écart les professionnel-les qui font chaque jour l’école de la République et les chercheur-ses en sciences de l’éducation.

En participant aux premières réunions, la FSU n’a pu que constater l’impossibilité de faire avancer des propositions du fait même du dispositif choisi : il n’était pas question d’une concertation, mais bien d’une opération de communication sur des visions déjà arrêtées et peu ouvertes au dialogue. La parole des personnels au travers de celle de leurs représentants syndicaux était peu écoutée, submergée par celles « d’expert-es » soigneusement choisi-es par le ministère, dont certain-es n’ont pour seule expérience de l’école que de l’avoir fréquentée durant leur jeunesse, assuré-es pourtant de détenir les solutions malgré leur méconnaissance évidente du système scolaire et de ses réalités. Constatant que ce « Grenelle de l’éducation » continuait à creuser l’écart entre les intentions ministérielles et les attentes réelles des personnels, tant sur le plan du métier que sur celui des rémunérations, la FSU et ses syndicats nationaux ont refusé de cautionner cette mascarade destructrice pour l’école et ses personnels et ont décidé de quitter ces discussions en décembre.

Au fond ce Grenelle n’a fait que trouver ce qu’il cherchait : des outils de transformation du métier des enseignant-es pour en faire des exécutant-es du projet politique de son ministre. Autant de propositions qui ne sont pas nouvelles et qui figuraient pour la plupart dans l’ouvrage « L’école de demain », écrit en 2016 par Jean-Michel Blanquer quelques mois avant d’être nommé ministre.

Autonomie, territorialisation et nouvelle gouvernance

Les principales propositions consistent à « créer un statut de directeur » pour en faire un professionnel au « leadership assumé », installé dans une « culture du management » et « formé à la gouvernance ».

Ces cadres locaux auraient pour mission « recherche de la performance de l’unité dirigée », telle une entreprise du secteur marchand, devraient « connaitre l’alphabet du management » et disposer d’outils permettant de contraindre l’activité des professeur-es comme « le projet avec contrat d’objectifs » pluriannuel. Pour cela, il est proposé de modifier l’organisation de l’institution en renforçant les « postes à profils » pour des agent-es qui ne sont pas obligatoirement « de la sphère pédagogique ».

Selon les participant-es du Grenelle, l’école se caractériserait par son manque de « culture de l’autonomie ». Pour y remédier, une des propositions consiste à créer un « Conseil communal restreint des écoles et de la réussite éducative » dont les enseignant-es seraient absent-es et au sein duquel « s’élabore entre la collectivité référente et l’Etat une charte de bonnes pratiques »

Ces propositions sont à mille lieux des besoins exprimés par les enseignant-es. L’école n’a pas besoin d’un cadre local disposant de pouvoirs supplémentaires, mais de leviers et de moyens pour faire réussir tous les élèves : réduction des effectifs par classe, présence de personnels spécialisés en nombre suffisant, formation initiale et continue des enseignant-es faisant l’aller-retour entre le terrain et la recherche.

Le métier enseignant

Partant du constat partagé que « Le métier d’enseignant s’exerce de façon encore trop solitaire, générant un sentiment de découragement chez les moins expérimentés », il est proposé de « rendre possible le co-enseignement pour tous les enseignants qui le souhaitent, l’observation entre pairs en installant les conditions nécessaires par une décharge de classe régulière et la création d’un système de remplacement dédié ». Mais cela nécessite un véritable plan d’urgence pour l’école, revendiqué par le SNUipp-FSU et au cœur de la mobilisation du 26 janvier dernier. Malheureusement, les mesures de carte scolaire qui se dessinent actuellement dans les départements ne confirment pas l’engagement de l’Etat pour son école.

Par ailleurs, les ateliers du Grenelle proposent que seul un quart du temps de formation soit consacré au « développement professionnel de l’enseignant », le reste étant dédié aux priorités nationales, académiques et de l’établissement.

Enfin, alors qu’au travers de la loi de Transformation de la Fonction Publique, la majorité présidentielle a enterré les CHSCT, il est proposé la création d’un « observatoire national de la Qualité de Vie au Travail  ». Il n’est nullement question de traiter de prévention des risques professionnels ou des conditions de travail dans une instance paritaire réunissant les représentant-es des agent-es et leur employeur, mais simplement de mener « des enquêtes sur le bien-être des personnels et sur le climat social dans les établissements scolaires ».

Une course au mérite

La synthèse suggère de mettre en place une stratégie RH pour « repérer les besoins d’accompagnement » des plus rétifs au changement et pour « (r) » et « (r) » « les meilleurs talents ». Alors que la valeur du point d’indice est gelée et que le décrochage salarial des enseignant-es français-e devient abyssal, aucune échelle de rattrapage n’est esquissée. Pire, il est relevé que « l’ancienneté continue à peser sur les promotions » et la question est posée des « critères objectifs d’appréciation » des compétences permettant d’octroyer une part variable de la rémunération liée « au mérite ». Cette individualisation bafoue le concept de fonctionnaire chargé-e de façon désintéressée et équitable sur tout le territoire national d’une mission de service, sans permettre l’alignement de la revalorisation des enseignant-es sur celle des autres pays de l’OCDE.

Le seul mérite de ce « de l’éducation » aura été de montrer la détermination du Ministre Blanquer à démanteler le service public d’éducation. Cette logique maintenant illustrée, les différentes réformes mises en cohérence doivent maintenant nous permettre de construire une puissante riposte. Nous le devons à nous-même, à l’école, à la société ; nous ne pourrons plus dire que nous ne mesurions pas ce qui se passait !
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